jeudi 9 février 2017

Baulne-en-Brie - 10 au 24 février 1917.


Du 10 au 24 février 1917 :

A l'arrière à Baulne-en-Brie.







   10 février – Repos toute la journée après quatre jours de marche, 65 km en cette période méritent bien un repos.

   Nettoyage des cantonnements, cela semble bon après trois mois de tranchées. – un peu de civil, cela ne fait pas de mal.


   11 février – C’est dimanche, repos. Je vais m’occuper de faire venir ma femme. Pour cela je vais dans un petit hameau appelé « Le Breuil » situé à 3 km de Baulne [Baulne-en-Brie] ; Je vais rendre visite à l’Instituteur, pour trouver un « home » ! Très gentils tous les deux, frère et sœur. Le mari a été tué à la guerre.

   12 février – Premier jour d’exercice. Jeux ; marche. Football etc. Oh ! vivement dimanche prochain. J’apprends à l’instant mon tour de permission : le 28 février. Oh ! vivement que le temps passe ! On demande toujours à vieillir.

   13, 14, 15 février – temps froid, temps de gel. Exercices matin et soir. Comme repos, ce n’est pas le rêve. Cela vaut cependant mieux que Pontavert ou Beaumarais.

   Vendredi 16, 17 – Soirée musicale et théâtrale très réussie.

   18 février – Voyage excellent, aller sans avaries et retour magnifique. C’est la visite à Château-Thierry en attendant la venue de celle qui me tient tant à cœur. Arrivé à la gare à 2 heures de l’après-midi, j’attends avec impatience le train de Paris – 2 heures 34, l’express siffle – Rien ne descend. Déception !!! Enfin, après un tour dans Château-Thierry, je retourne à la gare. Le train de Paris de 3 heures 40 rentre en gare ! Mouvements ! Voyageurs et… Joie ! Je l’ai aperçue. Retour magnifique, et à deux, à « Le Breuil ».

   19 février – Nous voici installés à deux chez Madame Lassez, menuisier à Le Breuil, bonne maison et franche hospitalité. Nous y sommes merveilleusement bien.

   20 février – Nous mangeons en chœur à la popote des officiers de la 18e Cie, la vie de cantonnement dans toute l’acception du mot.
   Notre popote installée dans une maison particulière, M. et Mme Bouteiller, bons vieux, pleins de gentillesse et fabricants des gaufres, ce qui n’est pas du tout à dédaigner.

   20 février [répétition de la date] – Exercices de bataillon. Nous courons dans les champs, formations d’approche ; vagues, que sais-je ? Que c’est bête la guerre.

   21 février – de l’eau, toujours de l’eau, quelle boue,  quelle saleté !

   22 février – Manœuvre de Régiment dans les plaines entre Condé et Monchevret. Une bonne suée de plus de prise. Comme repos, ce n’est pas le rêve. Si ce n’était pas repos, que serait-ce ?

   23 février – Manœuvre de Division ; quel brouillard, on ne se voit pas à 25 mètres. Nous voici à Pargny-sur-Dhuis [Pargny-la-Dhuys] à 10 kilomètres de Montmirail. Partis à 4 heures du matin, nous revenons le soir, vannés à 4 heures de l’après-midi.

   24 février – Repos et service religieux pour les morts du régiment. J’y vais, c’est un devoir. Le « Caïd » revenu d’avant hier est gentil : il me donne la permission de l’après-midi. Deviendrait-il plus civilisé, espérons-le ?


Albert Hénault est en permission : du 25 février au 10 mars 1917.

samedi 4 février 2017

Pontavert-Baulne - 6 au 9 février 1917

Déplacement : du 6 au 9 février 1917 :

de Pontavert à Baulne-en-Brie.




   6 février – Me voici en panne. Comme je l’avais prévu, ma cantine et mes sacs sont ici et mon bataillon est à Ventelay, heureusement que le ravitaillement du 31e qui nous remplace, regagne cette localité ce soir. L’accident va être réparé. Ce matin, visite du secteur de Beaumarais avec mon successeur M. Chaumel.
   7 février – Départ de Pontavert. Le vent cingle sur le canal en passant ; je le longe seul. Mon vieux Pontavert avec ses batteries de 75, que vas-tu prendre ! Veine ! Une voiture médicale passe. Hep ! Arrêt, installation et arrivée à Roucy.
   J’arrive à Savigny S/Ardre et vais déjeuner. Cette localité n’a pas changé : telle elle était en février 1916, telle elle est maintenant. Aucun changement ! La guerre n’y paraît pas ! Le Maire est toujours resté Maire !
   Bon repas ! Ensuite départ pour Lhéry ! Le régiment doit y être ! 7 heures du soir ! Je nage et suis gelé. Lhéry et patelins environnants tourbillonnent. Enfin, retour à la Cie avec connaissance des baraquements de Lagery. Oh ! vilaine nuit. A 2 heures, glacé, gelé, je me lève pour me réchauffer. Je cueille un bon rhume !

   8 février – Départ à 8 heures, il fait froid. Oh ! Certes ! 15 degrés . Direction Romigny, Olizy, Châtillon S/Marne et Port-à-Binson. Nous arrivons à 3 heures de l’après-midi. Un pont suspendu à passer nous fait attendre sur le terrain deux bonnes heures ! Nous profitons de ce laps de temps pour faire la grand halte et repas ;  jamais je n’ai eu aussi froid, pain gelé, vin de même. Quel désastreux casse-croûte !!!
   Le commandant Coulais nous prévient qu’à la pose nous serons très mal cantonnés. Mauvais présage qui ne se réalise pas, heureusement. Nous logeons à Port-à-Binson.

   9 février – Départ à 8 heures. Il fait un froid glacial, surtout un vent qui cingle la face.
   Nous passons à La Chapelle-Montholon, quelle vilaine côte, nos poilus n’en peuvent plus. Heureusement que le Colonel fait vibrer ses cuivres. Une marche entraînante les remet d’aplomb. Nous arrivons à Baulne [Baulne-en-Brie] à 1 heure de l’après-midi.

samedi 21 janvier 2017

Pontavert - 21 janvier au 5 février 1917

Du 21 janvier au 5 février 1917 :

Buttes de l'Edmond, puis Major de cantonnement de Pontavert.



   21 janvier – C’est aujourd’hui jour de relève. La compagnie Bourguignon vient nous relever.
   Où nous allons ce n’est pas le rêve. La Butte Edmond est souvent canardée. Enfin, nous pourrions nous déchausser et nous reposer un peu mieux.
   5 heures du soir. Je reste passer la nuit avec la Compagnie qui nous remplace. Ce n’est pas le filon ; surtout que l’ordonnance m’a tout emporté, couvertures, chaussures etc. Mauvaise nuit à passer. Tant pis, c’est la guerre ! Nous goûterons mieux les meilleures nuits lorsque nous serons au repos.

   22 janvier, 9 heures du matin – Je suis littéralement gelé, aussi je me lève à cette heure. Je vais écrire, faire des lettres, l’esprit étant occupé, je serai mieux et aurai moins froid.
   Il neige à plein temps. De gros flocons voltigent, drus et épais. J’arrive à l’Edmond à 9 heures et demie, tout blanc et presque gelé. Heureusement que les camarades Godeau et Polyte nous ont fait du feu.
   8 heures du soir - Je reçois une dépêche officielle ainsi conçue « Colonel à Commandant des Buttes » Veuillez inviter le S/lieutenant Hénault à se présenter après souper au P.C.D. [Poste de Commandement Divisionnaire]. Je le désigne comme « major de cantonnement » de Pontavert, de Beau-Marais etc. etc. » Allons bon, est-ce un filon ? Je ne le crois pas. Ce qu’il y a de certain, c’est que me voici encore changé de Compagnie. Alors, visite au Colonel, au commandant de Pontavert, à mon prédécesseur ; enfin, je rentre à l’Edmond, il est minuit. Quels avatars et quelles tribulations.
   23 janvier - Lever à 8 heures moins le quart, je casse la croûte, et en route pour mes nouvelles fonctions. Je prends les consignes du successeur et me rends au P.C. de la 69e D.I. à Roucy.

   24 Janvier – Mon nouveau métier ne va pas tout seul. Les consignes m’ont été mal passées, bref « je nage » comme on dit militairement. Je ne sais au juste, ni ce que je dois faire ni la limite de mon secteur. Me voilà tout à fait embêté.
   Résolution énergique : je vais demander des éclaircissements à la Division à Roucy. J’y suis très bien reçu. Je reviens satisfait mais vanné.
   15 heures. Quel vacarme ! Lutte d’Artillerie du coté de Berry-au-Bac ; ça n’arrête pas. Crapouillots et mines. 75 et 77, 105, 155, 210, tous les calibres se mettent de la partie.


   28 janvier – Quel vent, quelle bourrasque ! La poussière sur la route en tourbillons effrénés vous abasourdit. Tournée Pontavert, Platrerie, Chaudardes. Rien à signaler ! Si, le brave 327e quitte son cantonnement et y laisse le feu ! Me voici alors transformé en chef de pompiers. J’ai le casque, la pompe, il ne me manque plus que la lance. Onze obus nous ont encore arrosés ce matin. Ces sales boches redoutent certainement quelque chose ! Nous sommes en pleine offensive en ce moment. On ne parle que de cela ! On va attaquer ici, là ! On veut en finir.
   J’ai fait connaissance d’un brave lieutenant de Mitrailleurs C.M.P.158*, cela veut dire [Compagnie de] Mitrailleuses de Position n° 158. M. Pichery  [Blessé le 16 avril 1917 – MPF le 11 juin 1918 à Belloy (Oise)]. C’est un brave garçon. J’ai passé ce soir, avec lui, une excellente veillée !


   30 janvier – Il neige à flots, encore dix centimètres de neige au bas mot pour ce soir. Il fait en même temps froid et sombre, tout porte à la mélancolie. Ce matin, ma compagnie a eu certainement une émotion, un boche s’est constitué prisonnier au trou d’obus situé au centre 2. « Polyte »*** commandant la Compagnie par intérim a dû être heureux. Cela n’arrive pas toujours de faire un pareil chopin [de choper : attraper]. Un boche venant à vos réseaux et vous criant « Kamarads ». Je regrette presque d’être détaché ici. Ce n’est que façon de parler et à titre de curiosité !

   4 février – Les bruits de relève se confirment, quel déménagement. Attendons les événements. Il ne faut jamais être plus royaliste que le roi.

   5 février – Quel tintamarre. La division déballe. Déjà deux bataillons sont partis d’hier soir, le 4e et le 6e. Le mien part ce soir, à quelle heure vais-je rester en carafe, je ne sais ! Ce qu’il y a de sûr, c’est que ce ne sont qu’ordres et contre-ordres. Des notes pondues à chaque instant se détruisant mutuellement.
   9 heures 30 du soir. Les consignes n’étant pas passées je ne puis partir.

vendredi 6 janvier 2017

Tranchée Verdun et Broussilov - 7 au 21 janvier 1917

Du 7 au 21 janvier 1917 :

De nouveau aux tranchées.
Albert Hénault séjourne à la tranchée Verdun, puis Broussilov.


Carte de l'auteur (1/14.000)
   8 janvier 1917 – C’est fait ; nous voici installés dans notre nouvelle demeure. J’ai encore comme habitation un métro, on n’y voit pas clair en plein jour, toujours la lumière, quelle vie de taupe. Je suis avec ma section en première ligne, le secteur à garder est excessivement vaste, aussi dois-je emprunter des hommes à la section Barre.
   La flotte  tombe à verse. Pour un premier jour, c’est assez réussi.
   Les boches sont à 150, 80, 40 mètres de nous, selon les différents endroits. D’un créneau en fer, nous avons vue sur un de leurs passages. Quatorze boches, têtes carrées à calot plat, ont été signalés hier. Aujourd’hui j’ai fait le guet pendant près d’une heure, rien n’est venu. Je voudrais cependant jouir de l’impression !
   11 heures 15 - Mince, j’ai vu trois boches. Trois boches en liberté, en calot plat et capote bleue. Ils ont des sales bobines et ne se préoccupent guère de nous ; ils vont et viennent sans armes ; ça m’a eu l’air de bons vieux papas. Ce sont des Wurtembergeois. Ils montaient si vite le boyau que le dernier est tombé à quatre pattes, il s’est ramassé en l’espace d’un éclair. Il se sentait dans la zone dangereuse. Aujourd’hui des 77* boches ont arrosé le centre 6 et Denain. Nous avons été épargnés. Nous ne tenons aucunement à avoir l’honneur de recevoir leur camelote.

   10 janvier – Vilain temps froid et humide. Aujourd’hui j’ai vu une caravane : des petits ânes d’Égypte qui sont sur le front pour notre approvisionnement en vivres. Ils sont tout petits - grosseur des veaux moyens. Ils ont un bât portant deux paniers, un de chaque côté, sur leur dos. Un gros mène la bande, et un tout petit la ferme. Ce petit est si chétif, si maigrelet et cependant très hargneux. Son conducteur l’a surnommé le « Kaiser ». C’est tout à fait étrange de voir ces petits bourriquots passer dans les boyaux et les tranchées, faire le tour des parapets et des pare-éclats, tout comme un poilu. Les uns portent viandes et légumes, les autres des planches, du fil de fer, des ribards*, que sais-je ! Ils nous sont d’une utilité incontestable mais j’ai bien peur que le froid de nos pays nous prive de ces serviteurs à longues oreilles. Ce serait dommage.


   13 janvier 1917 – Changement de décors. Tout est blanc, parapets, tranchées, boyaux… sont recouverts de neige. Avec cela le temps en est changé. Sales mois d’hiver, passez vite. Que les longues journées d’été se montrent et nous amènent la fin.


   16 janvier – Il neige toujours. Le camarade Barre part en permission, heureux, cela se conçoit [blessé le 16 avril 1917 – il existe un  Marie-Joseph, sous-lieut. Au 49 R.I., MPF le 11 juin 1918.] A 9 heures, notre 75 tire en avant de nos lignes à 45 mètres du saillant de Verdun. Trois obus tombent, deux dans les lignes boches et un trop court, au beau milieu de notre petit poste. Le caporal Ayot l’échappe belle, il s’en tire avec quelques égratignures. Ce sont les effets inévitables, très rares cependant, de notre 75.

   17 janvier – Quelle ondée de neige, des gros flocons en rafales s’abattent sur nos tranchées. Sentinelles, guetteurs, officiers de quart, tout est blanc. Nos innombrables réseaux de fil de fer barbelés sont vêtus d’un manteau d’hermine et sont d’un effet vraiment féerique.

   18 janvier – Nos « crapouilloteurs » de la Sapinière nous préviennent que, voulant régler leurs tirs, ils vont être obligés de lancer des torpilles sur le nez du boche. Nous prenons nos précautions ; à 9 heures 30, vingt torpilles s’écrasent chez les boches. Ces derniers nous répondent par quinze obus de 77 et de 105. La joute se termine à midi et tout rentre dans le calme.

   19 janvier – Une grosse nouvelle. Nous préparons une attaque dans notre secteur. Vingt-cinq kilomètres de front, Vauchère, Craonne, Bois des Buttes et cote 108. Nous faisons partie des vagues de la cote 108 ; pour quand ? Nul ne le sait. Les coloniaux sont à Fismes. Une autre attaque se prépare du côté de Soissons.

A noter : A la date du 19 janvier, Albert Hénault fait déjà allusion, par écrit et dans ses carnets, de l'offensive Nivelle, telle qu'elle sera lancée le 16 avril 1917 (Vauchère, Craonne, Bois des Buttes et la côte 108 (Berry-au-bac).


dimanche 1 janvier 2017

La plâtrerie - du 1er au 6 janvier 1917

Du 1 au 6 janvier 1917 :

Au repos à La plâtrerie.




   31 décembre 1916 - Nous quittons l’ouvrage Austerlitz sans beaucoup de regrets. Les boyaux Roubaix, Hazebrouck, St Quentin, Tourcoing, nous laissent assez froids ; car en ce moment ils sont pleins de boue et d’eau jaunâtre, sale et collante. On se dirait transportés en pleine région Lilloise avec ces noms-là. 
   1er janvier 1917 – Voici la nouvelle année ! Année de la victoire et de la paix. Espérons-le !
   Me voici arrivé dans un nouveau séjour de repos ! Oh ! Ce n’est pas du tout banal. Aujourd’hui je loge dans une plâtrerie.
   3 janvier – Temps effrayant. Vent d’une violence extrême ; c’est l’hiver. Je tire aujourd’hui quelques photos au bromure ; cela va me distraire.
   5 janvier – Il a fait aujourd’hui soleil, tout à fait exceptionnellement. J’en ai profité pour tirer quelques photos. Nous sommes allés reconnaître notre nouveau secteur. Tout à côté de Villars. Le coin n’est pas très bon, il y en a si peu de bons, qu’on peut les compter.
   6 janvier 1917 – Toujours pluie, eau, et toujours à Pontavert. La Platrerie, beau séjour, comparativement aux tranchées, qui va se terminer.
   7 janvier – Oh ! Branle-bas, remue-ménage, nous déballons aux tranchées Verdun et  Broussilov.

vendredi 16 décembre 2016

Le Bois en Equerre - du 17 au 31 décembre 1916.

Du 17 au 31 décembre 1916 :

Retour aux tranchées. Albert Hénault retrouve le Bois en Equerre.

(carte au 1/14.000 - réalisation Jacky Masselot)





   16 et 17 – Préparatifs et montée aux tranchées. Nous allons au Bois en Equerre. Moi, avec ma section séparée, je me tiens à l'ouvrage intermédiaire.
   Une demi section à l’intermédiaire, l’autre demi section à la butte de l’Edmond, là j’y retrouve mon ancienne 11ème Cie . Pauvre Compagnie, elle est bien changée. Ce ne sont plus les francs rires du début.

   18. 19 décembre – Travail de cantonniers, les caillebotis et les claies, nous allons savoir les poser, il faut cela cependant par ces temps de pluie.
  20 décembre – Ce matin, l’air est orageux. Les torpilles sur Verdun et le nez du boche ne cessent pas.

   21 au 30 décembre 1916 – Toujours dans la cagna de l'Intermédiaire.
Quel sale temps, que de pluie et que d’eau. Nous nous sommes réveillés un matin avec quatre centimètres d’eau, les poilus sont véritablement à plaindre. Ceux qui montent la garde aux tranchées n’ont plus figure humaine. Ce sont des pâtés de boue gluante et jaune qui se déplacent. Si les gens de l’arrière venaient un peu prendre leur place, ils ne leur diraient pas ensuite : « Quelle bonne mine vous avez ? ».

   Nous serons relevés probablement demain.


   Ce carnet clôt la liste des Carnets pour 1916. Puisse 1917 Nous amener la délivrance.
 

 

dimanche 11 décembre 2016

Concevreux - du 10 au 17 décembre 1916.


Du 10 au 17 décembre 1916 :
Au repos à Concevreux.

(source : Google Maps)


   10 décembre – Une sensation ou une émotion assez intense. Les boches nous envoient des torpilles, nous leur répondons par engins identiques. Une boche, six des nôtres. C’est assez chic. A un moment, tombe une torpille sur le nez du boche à 150 mètres de Villars où je me trouve. Fumée noire, blanche puis un boche projeté à 60 mètres en l’air. Je ne l’ai vu redescendre qu’en morceaux. De profondis ! Sale race ! La canonnade a duré de midi à quatre heures. Quatre mitrailleurs français ont été enterrés sous un abri. Veine inespérée : ils ont été sauvés sans mal aucun.

   Le communiqué du 10 en fait foi !

 

   La relève a lieu, nous gagnons Concevreux. Nous y arrivons à une heure du matin.

 

   Bonne chambre et bon lit, c’est le principal.

 

   11 décembre – Pouf, corvée : 14 km à faire, 7 à l’aller, 7 au retour et travail en plus. Quelle ondée ! Enfin après coups de téléphone et barouf à Roucy, nous attrapons Concevreux le soir à 5 heures. Mauvais jour !

   12 décembre – Aujourd’hui je goûte le bon lit et la bonne chambre. Qu’il fait bon se reposer après 21 jours de tranchées.

   13. 14. 15. – Les jours s’écoulent dans le calme. Corvées assez dures pour les hommes, enfin ayant la nuit pour eux, ils ne se plaignent pas trop.

   16 et 17 – Préparatifs et montée aux tranchées. Nous allons au bois à l’équerre. Moi, avec ma section séparée, je me tiens à l’ouvrage intermédiaire.

 

mercredi 9 novembre 2016

Butte de l'Edmond - du 11 novembre au 10 décembre 1916.

   Du 11 novembre au 10 décembre 1916 :
   De nouveau à la Butte de l'Edmond.

   Albert Hénault est à la 18ème Compagnie. Il retrouve les tranchées.

   Samedi 11 nov. – Quels préparatifs, cantines, colis, paquets ; ça n’en finit plus, il est onze heures. Nous n’avons aucun ordre du D.D. [Dépôt Divisionnaire], le colonel du 267 se demande déjà pourquoi nous ne sommes pas déjà arrivés. C’est bien l’armée. Enfin !

   Nous voici à 2 heures à Romain. 4 heures pour le ravitaillement. Nous rendons visite au Colonel à 7 heures du soir. Réception agréable peut-être, et nous voici arpentant nos boyaux pour notre nouvelle affectation.



   Santerre affecté à la 17e, moi à la 18e, Bonafoux à la 20e et Girier à l’État-major du 6e Bataillon. A 8 heures, je suis à la butte de l’Edmond, à l’endroit même que j’ai quitté le 7 juillet partant pour Père. Bizarrerie du sort !



   Je dîne avec le Commandant qui m’invite et est très gentil, puis re-départ pour ma nouvelle compagnie.


   Dimanche 12 novembre – Lever à 8 heures. Je n’ai pas eu chaud aux pieds, aussi me suis-je levé assez souvent. J’ai fait déjà tout le tour dans les boyaux, pour connaître le secteur. Ce n’est plus le dépôt, enfin, c’est la guerre.

   Lundi 13 novembre – Une nuit de passée, quart de minuit à 4 heures, nous avons reçu ordre de tirer beaucoup.

   Ce que nous avons fait. Les boches ont répondu, du tac au tac : un coup de fusil, réponse de leur part : au moins deux coups de feu.


Aucun écrit du 14 et le 30 novembre (semble avoir eu une permission).


   1er décembre 1916 – Quelques lacunes vont exister, forcément – le cafard étant tellement fort qu’il faut absolument tout le courage, toute l’énergie d’un poilu à 3 brisques* pour résister. A présent que les nerfs sont un peu d’aplomb, que les souvenirs de permissions sont moins vifs, je vais continuer ces mémoires.

 
* NOTA : 3 brisques = 3 chevrons, soit deux ans "Aux Armées", c'est-à-dire au front, la première brisque compte pour un an, les suivantes comptent pour six mois.


   Me voici, maintenant très peu loin de l’endroit où le brave capitaine de Bizemont est tombé à mes côtés, chaque jour, j’y passe. Je revis en mémoire ces courts instants, logiques entre tous. J’ai refait l’autre jour le voyage de la Sapinière à Pontavert. Comme c’est changé ! Quel calme en comparaison du 10 mars. Les haies de bruyère, des gabions, des routes, le petit tortillard réparé ! Ce n’est plus le Pontavert du temps de guerre. De braves territoriaux s’y baladent ; tout juste s’il n’y a pas de civils !
 
   Aujourd’hui quelque marmitage. Nous avons voulu faire des tirs de repérage. Les boches nous ont cognés dessus, sans mal heureusement. Un peu plus, c’étaient nous-mêmes qui nous suicidions. Les 75, trop courts, ont arrosé mon petit poste. Heureusement que les sentinelles n’étaient pas placées.

 

   2 décembre – Un exercice d’alerte est dans l’air. Préparation d’un coup de main ; quelle fumisterie ! On dirait qu’il y a trop de fantassins en ligne ! Il est vrai que les officiers supérieurs ont besoin de médailles ou d’honneurs, il faut bien que les poilus les leur gagnent. C’est leur raison d’être à eux. Pourquoi serait-on attaché à un bataillon ou à une brigade si nous n’avions pas d’ordres par ailleurs à donner. Les poilus iront visiter les boches et ces messieurs seront au téléphone ! « allo ! allo ! Le coup de main, réussi ? Pas de prisonniers boches ? Tant pis ! 2 blessés, 1 tué, dame, c’est la guerre ! Ce sont les risques ! » Pauvres pantins ! Tristes sires ! C’est indécent d’être conduits par vous ! La France doit être tombée bien bas pour avoir besoin de vos services. Un jour certainement viendra où, fatiguée de vous voir, de vous entendre, elle frémira avec rage, se hérissera de haine et vous laissera tomber, livides et inertes, vous rendant au néant que vous n’auriez jamais dû quitter. Ce sera justice !

   3 décembre – Une tuile ! Faire un exercice d’alerte dans les tranchées, ce n’est pas banal, alors rapport ! Paperasserie ! Que de belles choses on fait en ton nom !
   J’ai une contre-attaque à exécuter demain avec 19 hommes : reprendre 200 mètres de tranchées – quelle stupidité ! Qu’on nous reporte 15 km en arrière, et  faisons des exercices profitables. Mais ici, sous le nez des boches, allons donc ! Nous pouvons recevoir quelques torpilles inutilement, quelques joujoux malheureux et c’est tout – Résultats : Néant.

   4 décembre – La fameuse contre-attaque est faite. Pas d’incidents ni d’accidents : c’est le principal.

   5 décembre 1916 – Les boches torpillent à 1 contre 2. Leur faisons- nous mal, je ne le sais, mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 5 jours, voici le bilan : mort : néant – blessés : 1 soldat du génie, 5 mitrailleurs, 3 hommes de la 17eme compagnie du 267. Pas si mal, ils peuvent en être fiers. Et le secteur est calme ! Que serait-ce s’il était agité !

   8 décembre – La pluie tombe à verse.

   9 décembre 1916 – Aujourd’hui le temps s’améliore et les boyaux de même. La relève a lieu demain par la 23ème Compagnie. Les officiers sont arrivés, pour reconnaître.
   Déjà 14 jours  passés là ! Où allons-nous être dirigés, nous n’en savons rien. Nous sommes les pantins, d’autres agitent et manœuvrent les ficelles. Qu’ils nous conduisent vivement à la fin de la guerre. Nous le leur demandons instamment.


Novembre 1916 - Novembre 2016 - Il y a 100 ans...
Deux vues de la Butte de l'Edmond, aujourd'hui.
Photos : Fred
Avec son aimable autorisation.








mercredi 19 octobre 2016

A l'arrière (Bourgogne) - du 19 octobre au 10 novembre 1916.

Du 19 octobre au 10 novembre 1916.
A l'arrière.

(si besoin, cliquez sur la photo pour l'agrandir)


  S'en est terminé du stage "Officier", et de la permission qui a suivi. Albert Hénault retourne aux tranchées. Il est désormais affecté au 267ème R.I. avec le grade de sous-lieutenant.

   19 octobre – Paris - 7 heures du matin. Seul, dans cette gare de l’Est. Enfin arrive 8 h 20. Le train s’ébranle. Le temps est gris, sale, pluvieux ; le train noir, maussade, sent le cafard comme tout. Il est lent, s’arrête partout, il est énervant. La pluie tombe à flots.

   20 octobre 1916 – Temps encore plus gris, pluie à torrents, les fossés regorgent d’eau et demandent grâce.

   21 octobre –Ouf,  ça y est ! Nous tenons l’affectation que nous cherchions depuis quatre jours. Moi 16e Cie, Santerre 20e.

   22 octobre – C’est fait. Chacun a sa case et chacun son plumard. Oh, rien d’extra mais enfin plus d’allées et venues. Sa chambre, ses affaires, son intérieur - quel grand mot pour une si petite chose-chambre de 2 m sur 2 m - enfin passons. Maintenant affectés, les officiers sont plus gentils. Plus cet air de dédain, cet air important. Cependant encore quelque chose, un je ne sais quoi, qui vous met un peu à part dans la catégorie des gens : « A désinfecter à l’arrivée » Drôle d’esprit, superbe comme abrutissement -la Su--rio-ri- de l’An-cien-ne- règne en maître ! Goujaterie !

   22 octobre – Hier, nous sommes allés à Fismes avec l’ami Santerre acheter des effets : couvertures et sacs de couchage. Quelle animation, quel entrain dans cette ville, beaucoup de boutiques ouvertes pour objets militaires. Je commence à concevoir que si la guerre nuit à beaucoup, elle en flatte et profite à un certain nombre, pas du tout négligeable.

   29 octobre 1916 – C’est dimanche. Repos sur toute la ligne. Aussi j’en profite pour aller rendre visite au colonel du 66 et à mon ancienne Compagnie qui se trouve à Pontavert. Après avoir averti le D.D. [Dépôt Divisionnaire] je pars pour les lignes par un temps affreux.
   Je passe à Roucy puis j’arrive à la passerelle de Pontavert ; rien de changé depuis que j’ai quitté le pays, tout est à la même place, une chose cependant me surprend, c’est l’agrandissement forcé du cimetière militaire. Tous les jours, des tombes nouvelles viennent s’ajouter aux anciennes, quelle horrible guerre ! Que de victimes il doit y avoir à Verdun ou en Somme !

   31 octobre – Le temps s’est remis au beau. La pluie a cessé et le vent s’est ralenti. Nous en profitons, Santerre et moi, pour faire une longue promenade. Nous allons d’abord au Nord de Bouvancourt sur le plateau d’où nous découvrons le plateau de Craonne, Craonnelle, le Choléra, les Buttes, tout cela étant encore en « bochénie » . Puis non contents, nous allons prendre l’apéritif à Ronain et revenons assez tard à Bourgogne.

   Nous entendons un grondement sourd du côté de la Somme. A table, nous apprenons la mort par accident d’un sergent du dépôt (24e Cie) due à une imprudence : cartouches laissées dans le chargeur d’un fusil mitrailleur.

   4 novembre – Boum ! Me voici désigné pour suivre un cours « canon de 37 » Cela me va assez. 21 jours à ne pas trop fatiguer, c’est appréciable.

   STAGE CANON 37 (Bouvancourt)

   6 novembre. Lever de bonne heure : 7 heures. Cours de canon de 37 commencé, c’est nouveau et intéressant. Nous sommes environ 50 dont 6 officiers, une pièce est à notre disposition, c’est pratique. Comme ce cours a lieu à Bouvancourt, je me paye quatre fois le voyage (8 Km). Cela me promène et me divertit.

   7 novembre – Les cours du canon de 37 continuent. Je fais chaque jour le chemin avec un brave S/Lieutenant, le père Finck, un ancien colonial qui est très gentil et a une tare : n’être pas du grand monde. Car ici à la popote des officiers, ce sont des Messieurs qui en sont les habitués, des snobs, des majestés, des leaders, des « quelqu’un » de bien, des… des…



samedi 2 juillet 2016

Stage officier.

 Du 7 juillet au 18 octobre 1916.
 
  Albert Hénault va délaisser ses carnets, pendant toute la durée de son stage en vu d’accéder au statut d’officier.
   A l’issue de cette période, il bénéficiera d’une permission, qu’il passera auprès des siens, à Villegouin (Indre).

- école d'Albert Hénault -
(droits réservés)
   On le retrouve, le 19 octobre.

vendredi 24 juin 2016

Bois Clausade - du 25 juin au 2 juillet 1916.

Du 25 juin au 2 juillet 1916 : Bois Clausade.
 
 
   25 juin – Nous voici arrivés à Clausade. Il y cogne bien moins que la dernière fois où nous y étions. C’est calme comme tout, c’est peut-être le prélude d’une attaque boche.
   26 juin – Boum ! Une tuile ! Dans la division, les permissions sont suspendues jusqu’à Nouvel Ordre ! Comme j’ai bien fait d’en profiter ! Allons, j’ai encore un peu de veine. C’est certainement le prélude de la fameuse attaque anglaise en Somme !
   30 juin – ça chauffe aujourd’hui – tout le monde alerté. Le 251 veut prendre un petit poste boche, aussi bombardement intense. Notre artillerie n’arrête pas. Nous, nous sommes dans nos abris tout équipés, prêts à toute occasion. 2 Heures 35 soir – la porte de l’abri s’ouvre en coup de vent. Le caporal Auprêtre (6e escouade) m’annonce que deux de nos hommes sont blessés. Un obus boche est tombé à l’entrée de leur abri. Alors brancardiers [illisible] poste de secours etc. … Un, un vieux gars, Geay est blessé au rein, côté droit, d’un éclat. Cela n’a pas l’air d’être très grave – l’autre Coudert un Chatillonnais, bon garçon, un peu bavard, est blessé au bras gauche par trois petits éclats. Oh ! vilaine guerre et vivement la fin !
   1er juillet – De service ou de corvée ! Rien de bien neuf, cela gronde au bois du côté de Soissons.
   6 juillet : Ici se termine le N° 4 des Tranchées.
   C’est maintenant le Peloton des E.O.A.T. [École des Officiers de l’Armée de Terre] qui commence.

jeudi 16 juin 2016

Butte de l'Edmond - du 17 au 24 juin 1916.

Du 17 au 24 juin 1916 : Butte de l'Edmond.
   17 juin – Nous voici encore dans un nouveau cantonnement (Butte de l’Edmond) tranchées nouvelles ; boyaux tortueux, pleins de sable. Ce n’est pas le rêve ! Nous habitons d’énormes sapes. Nous en habitons une qui est à dix mètres sous terre et qui contient soixante-quinze places. Nous y sommes au large. Les boches sont à 400 mètres de nous. Nous les voyons cependant à l’heure de la soupe passer au-dessus d’un talus, le fond de la tranchée étant inondé. Nous prenons nos avant-postes tout à fait sur la berge d’une route, celle de Pontavert à Corbeny, exactement à la croix « X ». Il y a longtemps que je n’avais marché sur une route. Cela m’a semblé tout drôle.

   18 juin – La canonnade est moins intense et étant de travail ce soir, nettoyage d’un boyau - (Rabat) qu’il s’appelle - j’en ai profité à 11 heures du soir pour aller avec le lieutenant Changeur visiter la ferme du temple. Pauvre ferme, jamais je n’ai vu une désolation pareille. Au centre de la cour, un tas de crânes, d’os, de ferrailles… entre lesquels a poussé une herbe, drue, verte, dépassant ma hauteur. Les murs, ce sont des ruines. Les carreaux en mosaïque de la cuisine sont criblés d’obus. Les derniers sont tombés à cet endroit à 0 m50 les uns des autres. De l’escalier, la charpente seule reste. Ici un placard effondré, là trois ou quatre sacs de soldats français, ailleurs deux bidons boches transformés en écumoire. Dans une sorte de jardin anglais situé au Nord, j’ai remarqué deux caissons d’artillerie totalement dans l’herbe ; quatre cadavres de chevaux desséchés gisaient et servaient de nourriture à cette végétation luxuriante et forcée. On ne peut s’imaginer quelles émotions on ressent à voir ces ruines, ces cadavres, ces rouleaux, ces charrues brisées, ces arbres déchiquetés, et ce, surtout en plein clair de lune, lorsque vous entendez à cent mètres, le crépitement de la fusillade des premières lignes.
Ferme du Temple, avant la Grande Guerre
 
   19 juin – Notre lieutenant commandant la Cie est arrivé. Alors plus de repos ni trêve, des corvées et des corvées !
 
   21 juin – Rien de saillant. Si oh ! Je l’oubliais ! Une note au rapport prévient quatre commandants de Cie de proposer des sous officiers, caporaux, soldats, pour un peloton de trois mois en vue de faire des officiers pour la réserve d’active : prendre profession libérales, gens instruits, etc. …
   Il est compréhensible que ceci tombe sur moi, aussi suis-je inscrit d’office, en tant qu’instituteur. Enfin comme il se murmure étonnamment que les quatre dernières classes vont passer dans les réserves incessamment, je n’en suis pas du tout fâché.
   22 juin – Toujours chez M. Edmond [Butte de l’Edmond] qui nous offre une large hospitalité de taupe ; hier, j’étais de corvée de nuit, boyaux à réparer. Nous avons trouvé des boches enfouis, c’est macabre.
   23 juin – Nous retournerons sous peu à Clausade – les adjudants sont partis en reconnaissance.
   Les boches sont récalcitrants et couvrent Styrn de fusants nombreux. Enfin laissons-les faire !
 
   24 juin – Nous nous préparons pour aller à Clausade. Oh ! vivement la fin de tous ces changements-là !

lundi 13 juin 2016

Ouvrage 10 - du 12 au 16 juin 1916

Du 12 au 16 juin 1916 : "Ouvrage 10".
 
 
   12 juin – Nous voici arrivés à l’ouvrage 10 Beau Marais. Oh ! Que c’est bon de se déchausser et de pouvoir se reposer tranquille.
 
   13 juin – Quelle bonne douche, que cela fait du bien la grande eau bien claire, bien limpide et comme cela repose. Je vais à Pontavert chercher une paire de chaussures et ce soir, je me rendrai à la coopérative.

   14 juin – Quelle tranquillité. Le lieutenant commandant étant parti en permission, je suis invité par le lieutenant Changeur à aller faire un tour à l’Equerre et à Styrn. Rien de nouveau – je suis invité à sa table. Je m’en tire, on s’en tire toujours à table !

   15 juin – Je sors probablement de faire une blague. Tant pis, on en fait à tout âge. J’ai acheté le Kodack du Lt [lieutenant] Ledieu – enfin tant pis. Je vais aller faire un tour à Pontavert et reviendrai me coucher.
 
   Passe au Bois Styrn.
 
   16 juin – Je suis allé faire un grand tour dans Beau-Marais ! Quelle belle promenade ! J’ai cherché des fleurs pour ce que j’ai de plus cher, je n’ai pu rien trouver. J’ai écrit ensuite une longue lettre, puis après, la soupe, bing ! Une tuile. Lecture du rapport ! Le sergent Hénault remplacera le sergent Lafontaine au bois Styrn à midi !
   Douche ! Enfin, dare-dare ! Le dîner bâclé, le sac bouclé et en avant ! Il fait soleil, quel beau temps, si cela pouvait continuer. Oh ! Vivement la fin !

 

samedi 4 juin 2016

Bois en Equerre - du 5 au 11 juin 1916.

   Albert Hénault a bénéficié d'une permission.
   Période qui l'a éloigné, un temps, de sa condition de Poilu.
   Son récit, qui s'est arrêté à la date du 22 mai, reprend à celle du 5 juin.

Du 8 au 11 juin 1916 : Bois en Equerre.

   5 juin – La permission est finie, ça n’a été qu’un rêve. Un éclair furtif sillonnant une vie.
   Nous voici revenus dans notre fameux bois de Beau-Marais !
   Maintenant c’est le bois en équerre en face la Sapinière et le bois Styrn. Je suis de quart de minuit à quatre heures.
 
 
   6 juin – Rien d’intéressant. Ces sales boches tirent sur nos boyaux. Il est vrai que c’est l’heure des corvées de soupe. Oh ! Guerre maudite faite avec le plus possible de carnages et de rages. Civilisation, où es tu ? Il pleut à verse. Les tranchées pleines d’eau boueuse et jaunâtre vous retiennent.

   7 juin – 2 heures matin. Je suis de quart. Je viens de visiter les sentinelles. Tout est calme. Cependant trois obus boches viennent de s’aplatir sur la sapinière.

   8 juin – Les boches hier n’ont pas été ce qu’il y a de plus calmes. Ils nous ont lancé un certain nombre d’obus. Ils nous imitent maintenant – ils font, comme nous, des salves de surprise, au moment où tout est calme, ils vous déclenchent un tir rapide de dix obus, fusants ou percutants sans crier gare. C’est plus traître car vous n’avez pas le temps de vous cacher.
    Il continue aujourd’hui de pleuvoir. La tranchée est de plus en plus sale et fangeuse. 

   8 juin : de l’eau toute la journée, quels boyaux, quelles tranchées ! C’est la misère !

   9 juin – Le temps pluvieux du matin a fait place à un beau soleil.

   10 juin – Je viens de faire un tour aux sentinelles. Il est une heure du matin.

   11 juin –Il va faire beau, la nuit est calme. Nous quittons ce soir notre Bois à l’Equerre. Nous pourrons au moins nous déchausser. C’est appréciable !